Je n'ai jamais vraiment compris l'obsession de cette industrie pour l'idée que tout ce qui vient de la nature serait forcément supérieur à ce qui est créé en laboratoire.
C'est une belle histoire, n'est-ce pas ?
Une fleur magnifique, cueillie dans une région exotique, dont on extrait soigneusement l'essence précieuse avant de la verser dans un flacon coûteux. Le produit se vend presque tout seul.
Maintenant, prononcez le mot synthétique, et voilà que certains imaginent aussitôt une mixture peu engageante brassée dans une usine chimique.
C'est ridicule quand on y pense.
Et pourtant, nous en sommes là.
Le débat sur les ingrédients naturels et synthétiques en parfumerie est devenu si imprégné de marketing que nous avons presque oublié de poser la question la plus évidente.
Est-ce que cet ingrédient vaut vraiment quelque chose ?
La nature est magnifique. Elle n'est pas infaillible.
Soyons clairs. J'ai énormément de respect pour les matières naturelles. Certaines figurent parmi les choses les plus extraordinaires avec lesquelles un parfumeur peut travailler.
Mais les apprécier ne m'oblige pas à abandonner mon bon sens.
Un extrait botanique peut être magnifique et contenir malgré tout des substances susceptibles d'irriter la peau ou de provoquer une réaction allergique. Ce n'est pas une accusation contre la nature. C'est simplement de la chimie.
Oui, de la chimie.
Cette rose magnifique que tout le monde aime tant idéaliser ? De la chimie.
Le jasmin ? De la chimie.
Vous et moi ? Nous sommes nous aussi des exemples plutôt compliqués de chimie.
Naturel ne signifie pas automatiquement sans danger, pas plus que synthétique ne signifie automatiquement dangereux.
Les exigences canadiennes élargies en 2026 concernant la déclaration des allergènes de parfum nous le rappellent utilement : certains allergènes désignés doivent figurer sur les étiquettes des cosmétiques lorsqu'ils dépassent les seuils applicables, y compris lorsqu'ils sont naturellement présents dans des extraits botaniques. Le Guide de l'industrie sur l'étiquetage des cosmétiques de Santé Canada explique ces seuils et les dates de mise en application.
L'origine d'un ingrédient peut raconter une jolie histoire.
Elle ne le dispense pas d'un examen sérieux.
Depuis quand synthétique veut-il dire inférieur ?
C'est ici que la conversation devient particulièrement agaçante.
Quelque part en chemin, les matières synthétiques ont acquis la réputation d'être des substituts bon marché et sans imagination à quelque chose de prétendument plus noble.
Eh bien, certaines matières synthétiques sont peu coûteuses.
D'autres pas du tout. Bien au contraire.
Certaines matières naturelles sont extrêmement chères et n'apportent presque rien à une fragrance mal conçue.
Et certaines des avancées les plus intéressantes de la parfumerie moderne viennent de l'ingéniosité de chimistes qui créent des molécules odorantes permettant aux parfumeurs d'explorer des territoires entièrement nouveaux.
Réfléchissez-y.
Des gens consacrent leur carrière à élargir les possibilités olfactives, et nous avons malgré tout décidé que leurs réalisations avaient moins de valeur parce qu'elles ne sortaient pas de terre.
Quelle façon extraordinairement étroite d'apprécier une forme d'art.
Un parfumeur talentueux n'a pas besoin que quelqu'un comme moi reste derrière son épaule pour exiger qu'on célèbre une catégorie de matières et qu'on se méfie de l'autre.
Il a besoin de liberté, de connaissances et de jugement pour choisir ce qui sert la composition.
C'est là que sa maîtrise devient évidente.
Les ingrédients n'ont pas besoin d'un service de relations publiques
Chez Vach Cittoni, nous travaillons avec des parfumeurs partenaires dont la connaissance du métier mérite bien davantage de respect que les derniers mots à la mode de l'industrie.
Je ne vais pas prétendre qu'une fragrance est supérieure simplement parce que quelqu'un a réussi à imprimer naturel, propre ou botanique sur son emballage.
Ces mots peuvent décrire certains aspects d'un produit. Ils ne prouvent pas, à eux seuls, sa qualité, sa sécurité ou sa valeur artistique.
Ce qui m'intéresse, c'est ce qu'accomplit un ingrédient.
A-t-il sa place ?
Apporte-t-il quelque chose de significatif ?
Améliore-t-il la composition, ou est-il là uniquement parce que quelqu'un a pensé qu'il ferait bonne impression dans une campagne publicitaire ?
Nous avons établi un principe au sein de cette Maison, et j'ai bien l'intention de continuer à le répéter.
Chaque ingrédient doit rendre le suivant plus beau.
Vous remarquerez que ce principe ne dit rien de naturel ou de synthétique.
C'est volontaire.
Peu m'importe que l'histoire d'un ingrédient soit romantique s'il ne fait rien d'utile une fois dans le flacon.
Et je ne crois certainement pas qu'une matière créée en laboratoire devrait s'excuser d'être exceptionnelle.
Accordons un peu plus de crédit aux clients
Les gens s'intéressent de plus en plus à ce qui entre dans les produits qu'ils achètent. Tant mieux. Ils ont raison.
Ils méritent de la transparence. Ils méritent des formulations responsables. Et ils méritent des explications qui n'exigent pas un diplôme de chimie.
Ce qu'ils ne méritent pas, c'est qu'on leur fasse peur au sujet d'ingrédients parfaitement légitimes ou qu'on leur fasse croire qu'un vocabulaire botanique luxueux équivaut automatiquement à une meilleure parfumerie.
Nous construisons une maison de parfumerie, pas une collection d'arguments à la mode.
Je veux que Vach Cittoni soit jugée sur le caractère de ses fragrances, l'intégrité des personnes qui les créent et les principes que nous sommes prêts à défendre.
Pas sur notre talent à embellir une liste d'ingrédients.
La nature est magnifique. La science est magnifique.
Et lorsqu'elles sont entre les mains de quelqu'un qui comprend réellement la parfumerie, les possibilités sont extraordinaires.
Il est peut-être temps de cesser de demander si une fragrance est naturelle ou synthétique comme si la réponse réglait tout.
Je préférerais de loin savoir si elle est vraiment foutrement bonne.
— Vach Cittoni
